Bon appétit, Messieurs!

A l’heure où la Catalogne espagnole est secouée par les vélléités indépendantistes de ses dirigeants politiques, ce texte extrait de Ruy Blas, pièce de Victor Hugo, me semble bien actuel.

Le texte est ici : http://lettres.ac-rouen.fr/francais/romantik/ruy-blas/blame1.html

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Dis quand reviendras-tu? – Barbara

Barbara écrit en 1961 cette chanson qui marque le début de sa carrière populaire.

Cette année-là elle se rend à Abidjan, où elle retrouve son amant, le diplomate Hubert Ballay ; elle lui écrira Dis, quand reviendras-tu ?, avant de le quitter.

 

In English:

Tell me, when will you return?
How many nights, How many days.
They are so, so long and you’re far, far away,
You promised this trip would be the last.
No more heart’s torn sails on a shipwrecked mast
In spring, we will be together again,
And spring is for love whispering under the moon,
And together we’ll smell fresh flowers in bloom,
As we stroll arm in arm down Paris streets soon.
Tell me, when will you return?
Tell me, at the least don’t you know
That all these moments passing
Will hardly ever remain.
That all these moments lost
Will never come again
Spring has long since fled almost ready to return.
Dry leaves they crackle, the wood fires they burn.
Paris in autumn is so beautiful and serene
But here I am listless, shivering as if in a dream
Reeling and stomach heaving just like love’s old refain
Now going now coming feet heavy as lead
And I’m so so love sick, and I’m so sick of you,
Your image it still haunts me, ‘n I speak like one dead,
Tell me, when will you return?
Tell me, at the least don’t you know
That all these moments passing
Will hardly ever remain.
That all these moments lost
Will never come again
Whether I love you now, whether I love you in arrears
Whether it’s you I love in love, whether I love you only,
If you don’t see that you must return to me
Then we two ‘ll be one of love’s souvenirs.
And I ‘ll be on my way where the world’s wonders are
And I’ll hitch my poor heart to another bright star,
I am not one of those sorts who die of untold grief
And the virtue of sailor’s wives has never been my brief.
Tell me, when will you return?
Tell me, at the least don’t you know
That all these moments passing
Will hardly ever remain.
That all these moments lost
Will never come again

Le coq et la pendule

Claude Nougaro nous offre un petit conte bien français à la sauce « jazzy », très familier, très doux.

Dans une ferme du Poitou
Un coq aimait une pendule
Tous les goûts sont dans la nature…
D’ailleurs ce coq avait bon goût
Car la pendule était fort belle
Et son tic tac si doux si doux
Que le temps ne pensait surtout
Qu’à passer son temps auprès d’elle
Dans une ferme du Poitou
Un coq aimait une pendule
De l’aube jusqu’au crépuscule
Et même la nuit comme un hibou
L’amour le rendant coqtambule
Des cocoricos plein le cou
Le coq rêvait à sa pendule
Du PoitouDans une ferme du Poitou
Un coq aimait une pendule
Ça faisait des conciliabules

Chez les cocottes en courroux
 » Qu’est ce que c’est que ce coq, ce cocktail,
Ce drôle d’oiseau, ce vieux coucou
Qui nous méprise et qui ne nous
Donne jamais un petit coup dans l’aile ?  »
Dans une ferme du Poitou
Un coq aimait une pendule
Ah, mesdames, vous parlez d’un jules !
Le voilà qui chante à genoux:
 » Ô ma pendule je t’adore
Ah ! laisse moi te faire la cour,
Tu es ma poule aux heures d’or
Mon amour  »

Dans une ferme du Poitou
Un coq aimait une pendule
Il est temps de venir à bout
De cette fable ridicule,
De cette crête à testicules
Qui chante l’aurore à minuit
 » Il avance ou bien je recule  »
Se disait notre horlogerie
Qui trottinait sur son cadran
Du bout de ses talons aiguilles
En écoutant son don Juan
Lui seriner sa séguedille
Pour imaginer son trépas
Point n’est besoin d’être devin
La pendule sonne l’heure du repas
Coq au vin
Dans une ferme du Poitou
Un coq aimait une pendule

Pénélope – Georges Brassens

Toi l’épouse modèle
Le grillon du foyer
Toi qui n’a point d’accrocs
Dans ta robe de mariée
Toi l’intraitable Pénélope
En suivant ton petit
Bonhomme de bonheur
Ne berces-tu jamais
En tout bien tout honneur
De jolies pensées interlopes
De jolies pensées interlopes…

Derrière tes rideaux
Dans ton juste milieu
En attendant l’retour
D’un Ulysse de banlieue
Penchée sur tes travaux de toile
Les soirs de vague à l’âme
Et de mélancolie
N’as tu jamais en rêve
Au ciel d’un autre lit
Compté de nouvelles étoiles
Compté de nouvelles étoiles…

N’as-tu jamais encore
Appelé de tes v?ux
L’amourette qui passe
Qui vous prend aux cheveux
Qui vous compte des bagatelles
Qui met la marguerite
Au jardin potager
La pomme défendue
Aux branches du verger
Et le désordre à vos dentelles
Et le désordre à vos dentelles…

N’as-tu jamais souhaité
De revoir en chemin
Cet ange, ce démon
Qui son arc à la main
Décoche des flèches malignes
Qui rend leur chair de femme
Aux plus froides statues
Les bascul’ de leur socle
Bouscule leur vertu
Arrache leur feuille de vigne
Arrache leur feuille de vigne…

N’aie crainte que le ciel
Ne t’en tienne rigueur
Il n’y a vraiment pas là
De quoi fouetter un c?ur
Qui bat la campagne et galope
C’est la faute commune
Et le péché véniel
C’est la face cachée
De la lune de miel
Et la rançon de Pénélope
Et la rançon de Pénélope…

Georges Brassens, poète auteur-compositeur-interprète français.

Barbara chante Brassens

Vieille ferme à la Toussaint – Emile Verhaeren

Petit rappel: en France au premier Novembre il est de tradition de se souvenir de ses morts. Cela s’appelle la Toussaint.

Rappelons-nous en cette occasion d’Emile Verhaeren qui avait une grande place dans les classes primaires des années cinquante du siècle passé et dont on fête le centenaire de la mort le 25 Novembre prochain. Ses poêmes étaient illustrés et récités par coeur par des générations d’écoliers en tablier…

Vieille ferme à la Toussaint

La ferme aux longs murs blancs, sous les grands arbres jaunes,
Regarde, avec les yeux de ses carreaux éteints,
Tomber très lentement, en ce jour de Toussaint,
Les feuillages fanés des frênes et des aunes.

Elle songe et resonge à ceux qui sont ailleurs,
Et qui, de père en fils, longuement s’éreintèrent,
Du pied bêchant le sol, des mains fouillant la terre,
A secouer la plaine à grands coups de labeur.

Puis elle songe encor qu’elle est finie et seule,
Et que ses murs épais et lourds, mais crevassés,
Laissent filtrer la pluie et les brouillards tassés,
Même jusqu’au foyer où s’abrite l’aïeule.

Elle regarde aux horizons bouder les bourgs ;
Des nuages compacts plombent le ciel de Flandre ;
Et tristement, et lourdement se font entendre,
Là-bas, des bonds de glas sautant de tour en tour.

Et quand la chute en or des feuillage effleure,
Larmes ! ses murs flétris et ses pignons usés,
La ferme croit sentir ses lointains trépassés
Qui doucement se rapprochent d’elle, à cette heure,
Et pleurent.

Emile Verhaeren, Toute la Flandre

 

KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERA

Les prénoms de Paris…#prayforparis

Merci à Olivier Vilain, mon collègue hispano/belge de Facebook, voici l’éternel Jacques Brel dans un hommage à la ville lumière, lieu de la barbarie terroriste islamiste hier.

Le soleil qui se lève
Et caresse les toits
Et c’est Paris le jour
La Seine qui se promène
Et me guide du doigt
Et c’est Paris toujours
Et mon cœur qui s’arrête
Sur ton cœur qui sourit
Et c’est Paris bonjour
Et ta main dans ma main
Qui me dit déjà oui
Et c’est Paris l’amour
Le premier rendez-vous
A l’Ile Saint-Louis
C’est Paris qui commence
Et le premier baiser
Volé aux Tuileries
Et c’est Paris la chance
Et le premier baiser
Reçu sous un portail
Et c’est Paris romance
Et deux têtes qui se tournent
En regardant Versailles
Et c’est Paris la FranceDes jours que l’on oublie
Qui oublient de nous voir
Et c’est Paris l’espoir
Des heures où nos regards
Ne sont qu’un seul regard
Et c’est Paris miroir
Rien que des nuits encore
Qui séparent nos chansons
Et c’est Paris bonsoir
Et ce jour-là enfin
Où tu ne dis plus non
Et c’est Paris ce soir
Une chambre un peu triste
Où s’arrête la ronde
Et c’est Paris nous deux
Un regard qui reçoit
La tendresse du monde
Et c’est Paris tes yeux
Ce serment que je pleure
Plutôt que ne le dis
C’est Paris si tu veux
Et savoir que demain
Sera comme aujourd’hui
C’est Paris merveilleux

Mais la fin du voyage
La fin de la chanson
Et c’est Paris tout gris
Dernier jour, dernière heure
Première larme aussi
Et c’est Paris la pluie
Ces jardins remontés
Qui n’ont plus leur parure
Et c’est Paris l’ennui
La gare où s’accomplit
La dernière déchirure
Et c’est Paris fini
Loin des yeux loin du cœur
Chassé du paradis
Et c’est Paris chagrin
Mais une lettre de toi
Une lettre qui dit oui
Et c’est Paris demain
Des villes et des villages
Les roues tremblent de chance
C’est Paris en chemin
Et toi qui m’attends là
Et tout qui recommence
Et c’est Paris je reviens

Le point de vue des victimes – René Girard

René Girard, anthropologue et philosophe français, est mort ce 4 Novembre 2015 à Stanford (USA – Californie).

A partir de la découverte du caractère mimétique du désir, il a cherché à fonder une nouvelle anthropologie de la violence et du religieux.

Il est ici interrogé sur les mythes bibliques:

«Il faut voir dans les mythes le récit nécessairement
déformé d’une violence collective spontanée qui
rassemble à nouveau une communauté que la rivalité
mimétique a fait voler en éclats.»

«Dans les mythes et les légendes d’où sont tirées la
plupart des tragédies, la fraternité est presque toujours
associée à la réciprocité de la vengeance. Un examen
attentif révèle que le héros tragique par excellence
n’est pas l’individu solitaire, l’Œdipe de Freud et de la
Poétique d’Aristote, mais le couple des frères ennemis,
Étéocle et Polynice, Hamlet et Claudius.»

(Shakespeare. Les feux de l’envie)

Dans la bible la victime est le « centre », le « héros »


Plus :

La conception du désir (2010) : https://youtu.be/MxXmyLvNoy8

Anthropologie (partie 1) enregistré en 2012 https://youtu.be/gG5jFeX_pE8

Pour écrire un seul vers…

Ecouter, ré-écouter les mots, les phrases, la musique de la langue, c’est entrer DANS cette langue puis dans cette culture.

Essayons. Le texte est d’un auteur Autrichien Reiner-Maria Rilke, le récitant est Laurent Terzieff d’origine russe. Le français est le liant.

D’abord on écoute, on réécoute…

Puis on lit en même temps que le récitant:

« Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d’hommes et de choses, il faut connaître les animaux, il faut sentir comment volent les oiseaux et savoir quel mouvement font les petites fleurs en s’ouvrant le matin. Il faut pouvoir repenser à des chemins dans des régions inconnues, à des rencontres inattendues, à des départs que l’on voyait longtemps approcher, à des jours d’enfance dont le mystère ne s’est pas encore éclairci, à ses parents qu’il fallait qu’on froissât lorsqu’ils vous apportaient une joie et qu’on ne la comprenait pas (c’était une joie faite pour un autre), à des maladies d’enfance qui commençaient si singulièrement, par tant de profondes et graves transformations, à des jours passés dans des chambres calmes et contenues, à des matins au bord de la mer, à la mer elle-même, à des mers, à des nuits de voyage qui frémissaient très haut et volaient avec toutes les étoiles – et il ne suffit même pas de savoir penser à tout cela. Il faut avoir des souvenirs de beaucoup de nuits d’amour, dont aucune ne ressemblait à l’autre, de cris de femmes hurlant en mal d’enfant, et de légères, de blanches, de dormantes accouchées qui se refermaient. Il faut encore avoir été auprès de mourants, être resté assis auprès de morts, dans la chambre, avec la fenêtre ouverte et les bruits qui venaient par à-coups. Et il ne suffit même pas d’avoir des souvenirs. Il faut savoir les oublier quand ils sont nombreux, et il faut avoir la grande patience d’attendre qu’ils reviennent. Car les souvenirs ne sont pas encore cela. Ce n’est que lorsqu’ils deviennent en nous sang, regard, geste, lorsqu’ils n’ont plus de nom et ne se distinguent plus de nous, ce n’est qu’alors qu’il peut arriver qu’en une heure très rare, du milieu d’eux, se lève le premier mot d’un vers. »

Les Cahiers de Malte Laurids Brigge de Rilke

PLUS :

J’ai tué – Blaise Cendrars

Les enfants nés en ce début de millénaire en Occident n’entendent pas la Guerre racontée par une voix familière, un grand-père, un grand-oncle, un voisin. Ils voient la guerre sur des écrans, racontée par des gens inconnus. La guerre perd de sa puissance émotionnelle, intime.

Peut-être ce texte de Blaise Cendrars, lu si possible à haute voix, ravivera l’horreur de la guerre présente chez les générations précédentes.

Extrait de J’ai tué, premier livre illustré par Fernand Léger et seul livre illustré des dessins de sa période cubiste – publié en 1918

«Mille millions d’individus m’ont consacré toute leur activité d’un jour, leur force, leur talent, leur science, leur intelligence, leurs habitudes, leurs sentiments, leur cœur. Et voilà qu’aujourd’hui j’ai le couteau à la main. L’eustache de Bonnot. « Vive l’humanité! » Je palpe une froide vérité sommée d’une lame tranchante. J’ai raison. Mon jeune passé sportif saura suffire. Me voici les nerfs tendus, les muscles bandés, prêt à bondir dans la réalité. J’ai bravé la torpille, le canon, les mines, le feu, les gaz, les mitrailleuses, toute la machinerie anonyme, démoniaque, systématique, aveugle. Je vais braver l’homme. Mon semblable. Un singe. Œil pour œil, dent pour dent. À nous deux maintenant. À coups de poing, à coups de couteau. Sans merci, je saute sur mon antagoniste. Je lui porte un coup terrible. La tête est presque décollée. J’ai tué le Boche. J’étais plus vif et plus rapide que lui. Plus direct. J’ai frappé le premier. J’ai le sens de la réalité, moi, poète. J’ai agi. J’ai tué. Comme celui qui veut vivre. »

1914-SelbstbildnisAlsSoldat

Credit:  Auto-portrait comme soldatOtto Dix

De la liberté avec Charles Péguy

Cette année en France nous commémorons la Première Guerre Mondiale, la Grande Guerre, débutée le 28 Juillet 1914 et qui se termine le 11 Novembre 1918. Neuf millions de combattants et 1,5 millions de morts pour la seule France.

Charles Péguy, lieutenant de réserve, part en campagne dès la mobilisation en août 1914. Il meurt pendant les combats de la bataille de l’Ourcq, tué d’une balle au front, le samedi 5 septembre 1914.

Extrait du Mystère des Saints-Innocents (1912)

« Et combien de fois quand ils peinent tant dans leurs épreuves
J’ai envie, je suis tenté de leur mettre la main sous le ventre
Pour les soutenir de ma large main
Comme un père qui apprend à nager à son fils
Dans le courant de la rivière
Et qui est partagé entre deux sentiments.
Car d’une part s’il le soutient toujours et s’il le soutient trop
L’enfant s’y fiera et il n’apprendra jamais à nager.
Mais aussi s’il ne le soutient pas juste au bon moment
Cet enfant boira un mauvais coup.
Telle est la difficulté, elle est grande.
Et telle la duplicité même, la double face du problème.
D’une part il faut qu’ils fassent leur salut eux-mêmes.
C’est la règle.
Et elle est formelle. Autrement ce ne serait pas intéressant. Ils ne serraient pas des hommes.
Or je veux qu’ils soient virils, qu’ils soient des hommes et qu’ils gagnent eux-mêmes
Leurs éperons de chevaliers.
D’autre part il ne faut pas qu’ils boivent un mauvais coup
Ayant fait un plongeon dans l’ingratitude du péché.
Tel est le mystère de la liberté de l’homme, dit Dieu, et de mon gouvernement envers lui et envers sa liberté.
Si je soutiens trop, il n’est plus libre
Et si je ne le soutiens pas assez, il tombe.
Si je le soutiens trop, j’expose sa liberté
Si je ne le soutiens pas assez, j’expose son salut :
Deux biens en un sens presque également précieux.
Car ce salut a un prix infini.
Mais qu’est-ce qu’un salut qui ne serait pas libre.
Comment serait-il qualifié.
Nous voulons que ce salut soit acquis par lui-même.
Par lui-même l’homme. Soit procuré par lui-même.
Vienne en un sens de lui-même. Tel est le secret,
Tel est le mystère de la liberté de l’homme.
Tel est le prix que nous mettons à la liberté de l’homme.
Parce que moi-même je suis libre, dit Dieu, et que j’ai créé l’homme à mon image et à ma ressemblance.
Tel est le mystère, tel est le secret, tel est le prix
De toute liberté.
Cette liberté de cette créature est le plus beau reflet qu’il y ait dans le monde
De la liberté du Créateur. C’est pour cela que nous y attachons,
Que nous y mettons un prix propre.
Un salut qui ne serait pas libre, qui ne serait pas, qui ne viendrait pas d’un homme libre ne nous dirait plus rien. Qu’est-ce que ce serait.
Qu’est-ce que ça voudrait dire.
Quel intérêt un tel salut présenterait-il.
Une béatitude d’esclaves, un salut d’esclaves, une béatitude serve, en quoi voulez-vous que ça m’intéresse.
Aime-t-on à être aimé par des esclaves. »